CAMÉCRANS
L’enfermement dans l'infini
Imaginez que vous vous retrouviez coincé dans un espace infiniment grand avec aucune porte de sortie. Vous devenez prisonnier de cet endroit.

Cet endroit est vide, vous en êtes le seul occupant. Vous partez alors en exploration, voir les différents recoins, passant par les escaliers, les couloirs sans fin, la cour intérieure. Vous tentez de recréer une présence par votre propre reflet dans le miroir. Vous devenez le fantôme de ce lieu inhabité.

C’est grâce au dispositif utilisable par le camécran, plus précisément les diptyques, que vous documentez votre voyage d'errance.
Un cache cache multi-écran
La paranoïa d'être suivi
Le diptyque m’a permis de capturer l’infinité d’un lieu tout en montrant le confinement du cadre lorsque la caméra s’inverse. Elle reste statique et seul son point de vue change.

L'enfermement est tantôt représenté par le cadre du téléphone, par celui de la fenêtre, tantôt par le plafond ou encore la forme circulaire du bâtiment. On ne peut que tourner en rond dans ce lieu sans issues.
En commençant par les photos, j’ai capturé ces petits moments pour les figer complètement et créer ces diptyques. Ensuite, j’ai exploité la capacité de prendre des vidéos avec ce téléphone. Nous avons eu l’idée de joindre nos camécrans et avec différents téléphones, de filmer différents points de vues d’une seule et même personne. Nous avons alors créé cette vidéo, représentant la paranoïa d’être suivi, mais que l’on peut retrouver autant dans la vraie vie que sur les réseaux.
La personne est suivie, semble le savoir, et tente de s’échapper. Sauf qu’on ne peut jamais vraiment s’échapper de nos écrans et de leurs caméras, étant constamment avec nous.


Le dispositif de camécran nous offre de nouveaux horizons de création audiovisuelle. C’est grâce à l’écran que nous pouvons visualiser l’image que nous filmons en même temps que nous la prenons.

Prenons le plus évident : notre téléphone portable. Il est dans notre poche ou dans notre main. Son évolution depuis son invention nous permet désormais de prendre des photos ou des vidéos que ce soit de nous même ou de ce qui se passe devant nous. À travers ces différentes séances, j’ai cherché à exploiter ce téléphone par les diptyques, en questionnant la mobilité qu’il peut m’apporter, mais également, la façon dont il me permet de réagir à d’autres photos/vidéos, qu’elles soient privées ou publiques sur les réseaux.
Enfin, j’ai mélangé vidéo et photos dans la même image, grâce à un procédé de collage d’une vidéo sur une photo. C’est ainsi que nous avons pensé à faire un cache-cache via nos téléphones. C’est en s’appropriant nos propres images que j’ai pu créer cette vidéo finale, dédoublant un regard et les écrans. On a ici deux points de vues, celui de Chloé qui se cache, et le mien qui cherche. Mais nos propres personnes sont doublées, l’une est figée, l’autre réagit, et ainsi de suite.

C’est à travers ces camécrans que nous pouvons réaliser ce genre de photos ou vidéos. J’utilise mon téléphone tous les jours, pourtant, je n’avais jamais eu connaissance du mot “camécran”, qui semble pourtant couler de source. J’ai donc découvert d’autres moyens de s’en servir ou comment exploiter les images que nous créons pour en faire quelque chose de différent comme le principe de diptyque, que j’ai connu au préalable grâce à l’application BeReal qui se base sur ce même principe, sans savoir que cela s'appelait un diptyque.


J'aimerais poursuivre ce travail de réflexion sur la solitude dans un monde vide d’êtres vivant, qui semble perdu dans une immensité sans fin. Il serait possible d’exploiter ce genre de photos dans des lieux naturels comme l’océan ou le désert. Mais le principe même de l’infinité d’un bâtiment nous empêche de trouver une issue. Nous sommes enfermés, prisonniers avec nous même mais aussi prisonniers de notre propre pensée. C’est lorsqu’on est seul qu’on commence à trop réfléchir. Et à trop réfléchir, on en devient fou. Surtout dans un lieu comme celui-ci où nous n’avons pas moyen d’en sortir, on devient prisonnier de nous même.
J’ai été interpellée par le rapport de Narcisse à son image et comment ce dernier reflète le propre rapport que nous en avons. À l’image de Narcisse, nous prêtons attention à l’image que nous publierons sur les réseaux sociaux ou que nous envoyons à nos amis. Mais c’est en tombant dans ce flux d’images que nous pouvons créer de la paranoïa à cause des personnes qui nous suivent.