CAMÉCRANS
le diptyque selon le camécran
la mobilité et le camécran
ou
"garder la face"

Entre singes et écrans
Les camécrans et leurs principes prennent racine dans des notions et concepts qui nous entourent depuis des milliers d’années. Ils évoluent au même rythme que la société le fait, et s’alimentent, se développent mutuellement. Le camécran et son utilisation ouvre un grand nombre de problématiques notamment esthétiques, politiques et sociales ; comme celle de l’individualisme, ou du rapport à sa propre image, à soi et à l’Autre. Au fil des jours et des découvertes, j’ai appréhendé la question des camécrans avec de plus en plus d’amplitude concernant ce qu’ils impliquent et ce qu’ils permettent : une multitude de manières de les aborder, de les utiliser et de les questionner se sont révélées, notamment par des approches philosophiques ou encore anthropologiques.

J’ai d’ailleurs été intéressé par le concept de « mobilographie » apporté par Richard Béguin : la dimension du corps en dialogue avec le camécran m’a particulièrement intrigué ; que ce soit par l’inscription du mouvement dans l’image, par la tactilité, le mouvement, le geste, ou le déplacement. L’esthétique « brut », presque du « fait maison » développée par les créations au camécran m’a également beaucoup intéressé, et aussi questionné : cela m’a permis de développer mon envie de travailler la notion du rapport à soi et à son image à travers une esthétique de la fragilité. Cela m’a aussi interrogé vis-à-vis du rapport à l’intimité, notamment dans le selfie : je me suis intéressé à la conjugaison de la fragilité qu’il implique avec la notion de mise en scène de soi (par le cadrage, la pose, les retouches…), et à ce que cette conjugaison engage d’un point de vue corporel. De par mon expérience personnelle avec le selfie, j’ai trouvé intéressant d’aborder la question de la maîtrise, du contrôle de sa propre image, qui fait écho à la notion d’uniformisation qui représentait justement un danger au début du XXe siècle, à l’ère de la photographie. Cette notion de rapport à sa propre image est inévitablement en lien avec celle du rapport à l’Autre, au niveau de la manière dont on aimerait être perçu.e, de sorte que notre propre regard sur le selfie devient, lui aussi, le regard de l’Autre. J’ai également adoré explorer la question du mouvement dans le cadre restreint dessiné par l’écran, l’enfermement, le « hors du cadre » et le « dans le cadre ». Le format de la réaction via le dispositif d’incrustation a donc également été très plaisant à travailler pour explorer la présence du corps dans ce cadre, en écho à l’image sur laquelle la mienne était incrustée.